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Association de Sauvegarde du Patrimoine de Prats de Mollo "Velles Pedres i Arrels"

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Des monnaies franco-catalanes du XVII° siècle

 

 " La trouvaille de pièces de cuivre sous le pont de la Guillème"

 

Numismate confirmé, Jean Claude Pruja nous relate la découverte dans les fondations du pont médiéval de la Guillema (anciennement Pont Llananer), à Prats de Molló, de monnaies franco-catalanes, du temps notamment de la célèbre révolte des segadors contre leur roi Philippe V, dite dels Segadors (les moissonneurs). Notre expert saisit cette occasion pour faire un tour d'horizon sur les monnaies, enfouies dans le sous-sol du Roussillon, et battues à l'époque dans les ateliers officiels, mais aussi par de nombreuses villes prospères et soucieuses de pallier les carences publiques. Pour chacune d'entre elles, il nous en offre l'image, nous en décrit la forme, nous précise la valeur, et nous livre leur nom.

 

Jean Claude Pruja, numismàtic confirmat, ens assabenta de la descoberta en els cossols del pont de la Guillema (antic pont Llananer), a Prats de Molló, de peces de moneda franco-catalanes, de l'època de la revolta dels segadors contra el rei Felip V, dita "Guerra dels Segadors". Al mateix temps, el nostre expert fa un resum de les monedes que es troben encara avui en el sól del Rosselló, monedes que eren encunyades en tallers oficials o en ciutats desitjoses de superar les deficiènces públiques. Ens en dóna a conèixer el nom, la forme, el tamany i el pes.

 

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" Voici les circonstances de la découverte, faite lors de la rénovation du pont de la Guillème par les ingénieurs des Ponts et Chaussées, racontée par leur chef à son supérieur Mr Reynès, ingénieur en chef " :

 

« Monsieur l’ingénieur en chef, il a été trouvé dans les fondations du pont de la Guillème qui vient d’être démoli à Prats de Mollo, cinq pièces de monnaies en cuivre qui peuvent permettre de déterminer approximativement la date à laquelle cet ouvrage avait été construit Deux des pièces sont lisses et sans valeur. L’une des petites pièces est à l’effigie de Louis XIII et porte la date de 1640, ce qui démontrerait que le pont avait été construit au début de la seconde occupation française. La quatrième paraît porter les armoiries de Barcelone et enfin la cinquième paraît être une médaille. Les cinq pièces peuvent être transmises à M. le Préfet en lui proposant : de mettre les deux pièces lisses au rebut. De faire déposer les trois autres pièces au musée de Perpignan, avec la mention de leur origine. »

 

Voilà un ingénieur très intéressant pour son travail de transmission de la découverte monétaire. La description qu’il en donne, quatre monnaies et une médaille, pourrait faire penser à un dépôt votif de début de travail pour un monument public. Il utilise également ces pièces comme un élément possible de datation ; mais là où je ne suis pas trop d’accord, c’est son affirmation de vouloir se débarrasser des pièces lisses: en effet, leur module, leur diamètre et un examen plus approfondi pouvaient encore apporter d’autres renseignements pour un œil averti !

 

  Mais soyons quand même convaincus que notre ingénieur a su retenir l’essentiel. D’ailleurs en disant « deuxième occupation française » il faisait preuve d’une bonne connaissance historique car, en 1472, Louis XI avait occupé le Rosselló et la Cerdanya. Et, 1640 est bien le début de la période de notre histoire qui a vu à nouveau la Catalogne en feu. Le roi d’Espagne Philippe IV avait poussé à la révolte les paysans écrasés d’impôts. Après plusieurs soulèvements, les Segadors marchant sur Barcelona avaient donné au roi de France, Louis XIII, l’occasion de leur venir en aide en rentrant en Catalogne.

 

  Un numismate, Achille Colson, écrivait, en 1854, dans son essai « Recherches sur les monnaies ayant eu cours en Roussillon », un extrait qui illustre parfaitement l’opportunité de cette trouvaille pratéenne :

 

« Pendant cette période malheureuse, les monnaies fabriquées à Barcelone et dans un grand nombre de villes et de bourgades de la principauté de Catalogne, d’abord au nom du roi d’Espagne (1640-1641), puis au nom de la principauté (1641-1642), puis au nom de Louis XIII et de Louis XIV ou de la ville « émissionnaire » (1642-1652) ont eu cours en Roussillon. Les travaux de culture et de terrassement en ramènent chaque jour des exemplaires à la surface du sol». Bien sûr, il n’annonçait qu’une vingtaine de cités ayant battu monnaie, alors qu’avec les trouvailles accumulées entre 1854 et aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il nous faut ajouter plus d’une quinzaine de villes à sa liste : la Catalogne créative, inventive, et très commerçante, a su remédier aux insuffisances des ateliers officiels.

 

Voyons maintenant un peu mieux ces monnaies franco-catalanes gisant dans le sous-sol de nos villes et villages roussillonnais!

 

 A- Monnaies sous Louis XIII (1640-1642) :

 

 Le millésime 1640 est très rare, et, certaines monnaies sont incomplètement datées ou ne le sont pas du tout.

 Au mois de septembre 1641 Louis XIII prend le titre de Comte de Barcelone et le millésime 1642 est le plus abondant pour ce roi de France.

Dans les monnaies du pont de la Guillema, point de monnaies d’argent qui auraient été dans un meilleur état et donc plus lisibles, comme le montrent ces monnaies de 5 réaux frappées pour la solde des armées.

  Avers : Buste du roi à droite, de chaque côté du portrait valeur de la monnaie V et unité, R(als). Puis la légende tout autour.LVD.XIII.D.G.REX.FRAN.ET CO.BARCIN (Louis XIII par la Grâce de Dieu Roi de France et Comte de Barcelone.)

  Revers : Ecu losangé de Barcelone brochant sur une croix qui coupe la légende, cantonnée d’un annelet au 1 et au 4 puis de trois besants au 2 et au 3, puis la légende : BARCI[NO*CI[VITAS[1642 (Cité de Barcelone) et millésime.

 

  El Ral (réal) d’argent vaut 10 sous (sols) ou 120 diners (deniers). Il existe également quelques monnaies d’une valeur      d’1 mig ral (demi-réal) ou de 5 sous (sols) d’argent.

 

  Autres monnaies en cuivre de Louis XIII pour Barcelona où, dans les ateliers, ne sont frappés que des sisés (6 deniers) et des menuts ou diners (deniers). Pour ces monnaies de la Guillema on devait donc y trouver des sisés illisibles et au moins un menut pour la plus petite.

De 1640 à 1643, d’autres villes catalanes frappent des monnaies, uniquement en cuivre, au nom de Louis XIII, comme: Agramunt (menuts), Bellpuig (sisés), Camprodon (ardits), Girona (sisés), Oliana (menuts), Puigcerdà (menuts) Sanaüja (sisés), Solsona (sisés), Tàrrega (sisés i menuts),Valls (sisés ) et Vilafranca del Penedès (sisés). Par contre, Cervera et Vic frapperont tous les types de monnaies.

 

B- Le monnayage franco–catalan de Louis XIV pour Barcelona. (1642-1656)

 

Après la mort de Louis XIII, son fils, Louis XIV continue son aide et frappe un plus grand nombre de monnaies Franco-catalanes de 1643 à 1652, date à laquelle les Francais quittent Barcelona pour s’installer dans le Roussillon. Une nouvelle pièce est frappée à cette époque, après avoir fait une première apparition chez nos proches voisins de Camprodon : l’ardit pour une valeur de 2 diners !

 Pour le collectionneur, ces pièces en cuivre forment une belle série du portrait du roi enfant.

     

Particularité de ces frappes barcelonaises, un monnayage inhabituel par leur fabrication avec une espèce de laminoir.

L’empreinte était gravée sur deux cylindres et il fallait glisser la lame de cuivre entre ces deux cylindres soumis à leur pression et en essayant d’amener sur le flan(1) les deux gravures bien l’une sous l’autre, ce qui n’était pas toujours le cas. Ce système de frappe de monnaies, sûrement plus facile à déplacer, explique que beaucoup de pièces sont mal centrées.

 

C- L’atelier de Perpinyà.

 

Dans le sol de Prats de Molló, quelques menuts de cuivre et une pièce de 2 sols ont été également retrouvés, en piteux état, sortant de l’atelier de Perpinyà, où elles ont été frappées jusqu’en 1654, en poursuivant le type catalan (voir ci-dessous).

 Après 1653, les frappes « catalanes » vont pratiquement cesser ; les monnaies de France vont les remplacer.

L’atelier perpignanais arrête son travail, celui de Narbonne prend le relais et l’influence française va s’accentuer jusqu’au traité des Pyrénées : 1659, Louis XIV plonge dans la nuit la Catalogne ! Il vient d’acquérir le Rosselló, le Vallespir et la Cerdanya. Le roi soleil, durant tout son règne, ferme la monnaie de Perpinyà. Elle n’ouvrira officiellement qu’avec Louis XV. La vie continuera dans notre Vall de Prats, et à la Presta un autre épisode monétaire s’écrira une nouvelle page d’histoire que je vous conterai !

 

 Petit glossaire :

(1) Le flan : il s’agit de la rondelle de métal sur laquelle sera frappée la monnaie, la médaille ou le jeton. D’où l’expression : « C’est du flan » (ça n’a aucune valeur !)

 

(2) Le billon : alliage d’argent avec un apport de cuivre plus ou moins conséquent !

 

                                                                                                  Auteur : Jean-Claude PRUJA.

 

( article extrait du N° 2 de la Revue Costabona, éditée en 2013 par l’association de sauvegarde et de valorisation du patrimoine de Prats de Mollo, Velles Pedres i Arrels")

 

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