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Association de Sauvegarde du Patrimoine de Prats de Mollo "Velles Pedres i Arrels"

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PROPOS DU TERROIR

 

Paraules Casolanes

Il est d'abord question ici de Juli Noëll, né en 1840 au mas de la Figuere et décédé à 92 ans. Son descendant, notre ami, du Maçanell, Jacques Boixéda, nous rappelle ce qu'il en coûtait, encore au milieu du XIX° siècle, de braver les lois de la propriété, relèverait-elle des biens de l’État :

 

 « Âgé d'une quinzaine d'années, Jules décide, avec un groupe de jeunes gens du Veïnat de Sant Isidro, d'aller dans la première forêt domaniale de Prats, au lieu-dit du Bac du Pla de les Eugues pour tirer profit de jeunes plantations de conifères, en vue de fabriquer des sabots, le pin étant un bois facile à travailler, et la forêt étant en ce temps-là peu dense, rare et éloignée. Cette jeune plantation, à moins de deux heures de marche, était une véritable aubaine. Ils commencent à débiter les pins et à entreprendre la fabrication des « formes » (galbes) des sabots.

Au bout de quelques jours, l'agent des Eaux et Forêts, alerté, demande l'appui de la maréchaussée pour intervenir contre ces contrevenants. Mon ancêtre, qui s'était fait prendre, est emmené à pied, enchaîné et encadré par deux gendarmes armés, pour être présenté au tribunal de Céret qui l'a condamné à une peine de 15 jours de prison ».

 

Hélas, le bracelet électronique n’avait pas encore été inventé, et notre imprudent Juli aura dû sûrement attendre sa libération pour reprendre les travaux champêtres et pastoraux qui l'attendaient à Can Planella.

 Si on peut regretter que cette redoutable affaire n'ait pu en son temps, et pour cause, bénéficier du traitement plus indulgent de l'ordonnance de 1945 sur l'enfance délinquante, c'est une autre entorse à la loi, - dont ce même fameux aïeul Juli a failli lui-même pâtir un peu plus tard, dans les années 1860, que nous rapporte aussi notre même conteur, Jacques Boixéda .

Mais les circonstances, bien que quasi contemporaines, avaient cette fois ci changé, la rigueur de la loi n’était, en l'occurrence plus de mise, et le dénouement se devait d'être à la hauteur de l'enjeu.

 

Car il ne s’agissait plus de la défense aussi cupide que terre à terre de biens matériels, mais de l'avenir de l'espèce, et surtout de la félicité d'un sympathique couple d'amoureux. Jacques Boixéda raconte :

 

« Juli « festeja » (courtise) Julita la fille de ses voisins de Can Ribes, et une fois demandée la main de celle-ci au futur beau-père, ils décident de la date du mariage, qui doit être bien sûr précédé de la publication des bans à la mairie de Prats de Molló.

Le secrétaire de mairie demande leur état civil aux futurs conjoints, et là, stupeur!

Mademoiselle Julitte Ribes n’existe pas. Si elle n'a pas été déclarée à sa naissance, dirent alors « les mauvaises langues », c'est parce que pour une fille de plus - elle était au moins la cinquième de Can Ribes, ce n'était pas important, ce n'était pas la peine de perdre son temps.

Il a donc fallu au plus vite régulariser, et c'est le juge de paix du canton de Prats de Molló qui a prononcé un jugement d'inscription à l'état-civil, lui permettant de convoler en justes noces. »

 

 Comment ne pas se réjouir que nos lois et nos institutions, - qui, dans leur sagesse, ont souvent su trouver la juste dose de souplesse et de bienveillance pour remédier à des situations aussi critiques- aient été, dans le cas présent, largement payées de retour, puisque de cette union sont nés cinq enfants « vivants », Eugènia, Maria, Margarida, Justa et Llorenç. ?

 

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 Un autre pratéen de soca- rel (de souche et de racine,), fin connaisseur de notre vallée , Roger Coromines, fondateur de notre association de sauvegarde du patrimoine, a bien voulu rapporter ci-après la version, qu'il tenait de sa mère, d'une légende christianisée sur l'ours, dont l'action se situe sur les pentes du Pic de Granarols, qui surplombe la cité de près 1000 mètres, et qui a été indiscutablement un lieu d'intense fréquentation de ces plantigrades.

 

 Le chemin de transhumance (cami ramader) dont il est question conduit aux estives (pasquers) du Pla Guillem, et des hautes vallées de la Persigola et de la Comelada.

 

 

 Deux bûcherons travaillaient dans une forêt située en bordure « del cami ramader », « le chemin des troupeaux » ; ils virent s'avancer au loin une jeune et jolie fille et décidèrent de lui faire peur. Ils se blottirent au pied des arbres et lorsque la jeune fille passa au droit de leur cachette, ils sautèrent sur le chemin en imitant les grognements de l'ours.

 Mais la jeune fille, sous les traits de laquelle se cachait la Sainte Vierge, ne fut nullement impressionnée et, s'adressant aux deux bûcherons, elle leur dit :

 

« Ós fas, ós seràs

En tots els arbres pujaràs

menos el faig, el beç, i l'espinàs »

 

Que l'on traduit ainsi:

 

« Tu as voulu faire l'ours, tu resteras ours à jamais,

Tu pourras grimper sur tous les arbres

Sauf sur le hêtre, le bouleau et l'aubépine »

 

 

 

 Il n’était, alors, sûrement pas très bon de faire de telles rencontres sur les flancs du Granarols.

 

Et devant ces égarements humains d'un autre genre, la justice « d'en haut » ne s'est-elle pas montrée encore plus implacable que celle d'ici- bas ?

Nos bûcherons, pour n'avoir, peut-être, été que facétieux, se sont d'abord vu - ce qui était sans doute équitable sinon justifié - ravalés au rang humiliant d'animal sauvage.

 

 Mais en outre, l'interdit qui les a privés d’exercer leur art sur certaines espèces forestières, n'a pas manqué, en ces temps si durs, de les déposséder cruellement et injustement, d'une partie importante de leurs ressources, leur causant ainsi un lourd préjudice.

 

 Du temps des plaideurs de Molière, la cause aurait peut-être, à condition de trouver la juridiction compétente en la matière, été « défendable »...

 

 

                                                                                 Auteur : Cristià ROQUE

 

( article extrait du N°2 de la Revue Costabona, éditée en 2032 par l’association de sauvegarde et de valorisation du patrimoine de Prats de Mollo, Velles Pedres i Arrels")

 

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